En France, la discrimination positive divise toujours !

Après l'élection du premier métis à la tête des États-Unis, où en est le débat sur la promotion de la diversité et de la discrimination positive en France ?

Tant qu'il y a la promotion de la diversité !

Après l'élection du premier métis à la tête des États-Unis, il en fallait peu pour que le Conseil représentatif des associations noires, le Cran, relance la question de la politique d'intégration en France. L'association est ainsi déterminée à faire avancer le dossier car « comme le candidat Nicolas Sarkozy s’y était engagé durant la campagne présidentielle, nous souhaitons qu’il impulse des actions concrètes pour promouvoir la diversité », a insisté Patrick Lozès, président du Cran.
Selon lui, si un système de quotas ethniques visant à assurer une meilleure représentation des minorités est « irréaliste » en France, il serait en revanche nécessaire de fixer des « objectifs » chiffrés à cette représentation. Patrick Lozès est plus que favorable à l’instauration de « statistiques de la diversité » et la mise en place d’une « action positive à la française ». Dès lors, « pourquoi chaque liste électorale ne comporterait-elle pas 20 % de candidats issus de la diversité ? », se demande le responsable du Cran.
C'est ainsi que le 9 novembre dernier, le chef de l’État a invité l'organisation à l’Élysée afin d'en discuter. Des « engagements concrets » en matière d’éducation ou de logement devraient notamment se poursuivre selon le responsable de l'association.
Depuis 2003, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur, avait relancé la question sur la discrimination positive en nommant un « préfet musulman » ; une décision qui s'est poursuivie par des polémiques. D'autres « minorités visibles » souhaitaient en effet bénéficier des mêmes faveurs. Un renouveau de l'égalité à la diversité, est-il toujours possible ?

Une discrimination sociale juridiquement et politiquement inconcevable !

La France s'est toujours demandé s’il était pertinent de mettre en place des quotas ethniques à l'américaine pour pallier aux différentes discriminations. Seule « la politique américaine en matière d'intégration montre qu'il est possible de promouvoir concrètement l'égalité en luttant contre les discrimination et en établissant la reconnaissance de la diversité. », confiait Blandine Kriegel, présidente du Haut Conseil à l'intégration en 2006 au quotidien Figaro.
Toutefois, « la Constitution française garantit à tout citoyen l’égalité devant la loi, sans distinction d’origine, de race, de religion ou de croyance. Le défi qui nous attend est donc, non de changer de modèle », précise la philosophe, « mais d’aller au bout de notre modèle. Pour que la diversité devienne la règle, pratiquer des quotas, demander aux gens de se classer dans un groupe - ethnique ou religieux - est à la fois inutile et attentatoire à notre tradition. » , explique-t-elle.
En ce sens, Nicolas Sarkozy avait en janvier dernier, souhaité que le préambule de la Constitution soit complété pour « assurer le respect de la diversité et ses moyens » et « rendre possible de véritables politiques d’intégration ». Par contre, le chef de l’État n’a jamais été favorable à l'instauration de critères ethniques ou religieux préférant ainsi se rapprocher du modèle d'intégration recommandé par ses prédécesseurs, Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin.
La discrimination positive était à en croire François Fillon, ministre à l'époque, des affaires sociales, « techniquement, juridiquement et politiquement inconcevable ». Cinq ans plus tard, les trois hommes y sont toujours hostiles mais davantage partisans d’un « volontarisme républicain », version politiquement correcte de la discrimination positive. . L'ascenseur social, serait-il bloqué ?
Toujours est-il que la question partage la classe politique au sein du gouvernement Sarkozy.
« On passe son temps à s’abriter derrière le concept de laïcité et à se glorifier d’avoir en France le meilleur système d’intégration alors que dans la réalité, tous les emplois exposés publiquement sont marqués par l’absence de diversité. », s'indigne Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Le député des Hauts-de-Seine reconnaît qu'à l'heure actuelle, ni le parti majoritaire, ni la société française ne sont réellement prêts à l'instauration de quotas ethniques. Pour y remédier, la discrimination positive à la française devrait selon Dominique Paillé, deuxième porte-parole de l'UMP, impérativement passer par des critères sociaux et territoriaux.
A l'exemple de Richard Descoings, directeur de Sciences-Po. Le formateur des élites de la nation, l'avait fait en 2001 afin de favoriser l’accès des élèves issus des Zones d'Éducation Prioritaire à son établissement. En face, le Parti Socialiste n’est pas pour autant favorable à la discrimination positive mais veut toujours croire au modèle français d’intégration. Dans l'ensemble, l'espoir reste intact car comme disait Léon Gambetta, ancien ministre des Affaires étrangères en 1881-1882, « le rôle de la République ne consiste pas à reconnaître des égaux mais à en faire. »

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