Question ouverte: 1) Quelle est l'importance et la signification de la Shari'a pour les Soufis ?

Un jour que le Prophète Muhammad était avec ses compagnons, ces derniers virent arriver un homme habillé de blanc, ne portant sur lui aucune trace de la poussière du voyage.
L’homme s’assit en face du Prophète, plaça ses jambes entre les siennes, et lui demanda : « Qu’est-ce que l’islam ? » (littéralement, la soumission). Le Prophète répondit : « L’islam, c’est la soumission à Dieu, basée sur la pratique des cinq piliers : le double témoignage de l’unicité divine et de la révélation muhammadienne, la prière, l’aumône, le jeune du mois de Ramadan et le pèlerinage à la Mecque». L’homme dit alors : « Tu as dit vrai !», ce qui ne manqua pas d’étonner les compagnons. Puis il demanda : «Qu’est-ce que l’iman ? » (la foi). Le Prophète répondit : « L’iman, c’est le fait de croire en Dieu, en Ses anges, en Ses livres, en Ses envoyés, au Jour du jugement, et à la prédestination ». Une fois encore, l’homme s’exclama : « Tu as dit vrai ! », puis demanda : « Qu’est-ce que l’ihsan ? » (l’excellence du comportement). Le Prophète répondit : « L’ihsan, c’est d’adorer Dieu comme si tu Le voyais, car si tu ne Le vois pas, Lui te voit ». Après avoir confirmé ces paroles par un nouveau « Tu as dit vrai !», et posé quelques nouvelles questions, l’homme partit. Le Prophète demanda alors à ses compagnons s’ils savaient qui était cet homme. Devant leur ignorance, il leur révéla qu’il s’agissait de l’Archange Gabriel, «venu pour vous enseigner votre religion». A travers ce célèbre hadith, apparaissent trois niveaux d’expérience et de compréhension de la réalité divine : la soumission à la Loi, ou le respect de l’écorce et de la forme des choses; la Foi, ou la compréhension de la chair et du contenu de la religion; l’Excellence, ou le noyau central que constitue la prise de conscience de la présence divine.
« Pour atteindre le noyau, il faut traverser l’écorce », disait Maître Eckhart. Le fruit est constitué d’une écorce (la Loi), d’une chair (la Foi) et d’un noyau (l’Esprit). Mais pour atteindre le noyau, qui seul contient en germe un nouveau fruit, il faut d’abord passer par l’écorce.
La relation entre l’exotérisme et l’ésotérisme peut être comparée à celle qui existe entre le corps et l’esprit. Sans esprit, le corps est vidé de son sens, de sa source vive ; sans corps, l’esprit est insaisissable et devient une pure abstraction. Or, nous ne sommes pas de purs esprits. Enracinés dans un espace et dans une temporalité, nous possédons un corps et une âme qui sont en perpétuelle interaction. Il suffit de voir à quel point le fait d’être fatigué ou affamé peut parfois altérer notre patience ou notre bonne humeur, pour être convaincu que la vie de notre corps influence notre état intérieur. Cette interaction est d’ailleurs à la base de la notion de rituel, de cette pratique qui mobilise l’ensemble des éléments constitutifs de notre être. Si la philosophie, qui reste purement au niveau du mental, peut être pratiquée sans lien avec notre mode de vie, le travail spirituel nécessite quant à lui un cadre extérieur pour pouvoir être efficient.
Pour le disciple de la Voie Qadiria Boudchichiya, les pratiques de l’islam constituent le prolongement dans les actes de son cheminement spirituel. Sidi Hamza explique ceci de la manière suivante : « Le respect des prescriptions de la shari’a [la Loi extérieure] joue le même rôle que la cire qui constitue le bouchon d’une bouteille, et qui empêche le liquide de se répandre au dehors. Un récipient peut être rempli d’eau, mais si son fond est éventré par un couteau, tout le liquide s’échappe. On aura beau essayer de le remplir à nouveau, si le fond est troué, rien ne pourra se conserver. Cette image illustre la situation du disciple qui n’applique pas la shari’a ».
Le secret spirituel est cette eau, dont la pratique du dhikr permet de remplir le coeur du disciple. Si la bouteille constituée par son coeur ne possède pas de bouchon, ou pas de fond, il ne pourra pas conserver cette eau durablement. Quelle que soit l’intensité de ce qu’il aura pu goûter, il devra se résoudre à s’en séparer.
Sur le plan pratique, la shari’a réside essentiellement dans les cinq piliers de l’islam.
Le premier est constitué par un double témoignage, à la fois de l’unicité divine et de la révélation muhammadienne. Il s’agit d’affirmer qu’il n’y a pas de dieux sinon Dieu, et que Muhammad est son Envoyé, c’est à dire que Dieu est unique et qu’il existe un chemin de retour vers Lui, qui nous a été indiqué par l’exemple du Prophète Muhammad. Le second consiste dans l’accomplissement des cinq prières quotidiennes, qui se répartissent au cours de la journée en fonction de la course du soleil, et doivent être précédées par les ablutions rituelles. Le troisième réside dans l’aumône légale, qui vise à purifier les biens qui nous ont été alloués en en prélevant une partie pour les nécessiteux. Le quatrième est constitué par le jeûne du mois de Ramadan, qui s’effectue de l’aube au coucher du soleil durant un cycle lunaire (soit 29 ou 30
(soit 29 ou 30 jours). Enfin, le cinquième pilier consiste à effectuer le pèlerinage à la Mecque au moins une fois dans sa vie, si l’on en a la possibilité physique et matérielle. A côté de ces cinq piliers, l’islam interdit la consommation d’alcool et de porc, ainsi que le fait de faire l’amour en dehors du mariage. Des documents plus détaillés existent au sujet de ces différents piliers, et de la meilleure façon de les pratiquer.
Les soufis sont avant tout musulmans, comme les sunnites sont avant tout musulmans également.
@hideyatsu

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